LA MAGIE

Magische Szenepar Mr Serge Hutin président d’honneur d’Alpha International

MAGIE ET MAGICIENS

Qu’est-ce donc que la magie, dont le territoire recouvrirait en fait l’ensemble des domaines déjà examinés au préalable lors des étapes de notre enquête ?

Nous avons déjà donné de la magie sans doute sa définition la plus simple : l’art secret d’obtenir des résultats tangibles par la mise en jeu de forces surna­turelles, ou encore en mettant en jeu, non les déterminismes courants des phénomènes, mais leurs lois cachées, celles qui en régissent le jeu subtil (nous toucherions alors au domaine cher aux ésotéristes de la Renaissance, d’une magie naturelle).

Celui qui pratique la magie, c’est évidemment le magicien. S’il est de la caté­gorie supérieure, on lui donnerait plutôt aujourd’hui le qualificatif prestigieux de mage, qui présente l’avantage d’instaurer une différenciation par rapport à l’illusionniste ou au magicien du cirque ou du music-hall. Car dans ce domaine, il n’y aurait évidemment plus du tout de vrai surnaturel : comme on dit, il y a forcément un “truc”! Celui-ci pourra d’ailleurs se révéler être d’une complication extraordinaire, se montrer rebelle à l’inspection méticuleuse, bien qu’il s’agisse toujours d’un “truc”, d’un “numéro” n’ayant rien de mystérieux pour celui qui en connaît le maniement.

Suivant les buts poursuivis, la magie pourra être blanche (bénéfique) ou noire (visant à nuire). Il y aura aussi (comme pour les techniques profanes) les catégories inférieures de magie, et celle accomplie au contraire par des savants praticiens spécialisés.

La haute magie, dite aussi magie cérémonielle, consiste en l’évocation des puissances angéliques (théurgie), des démons (goétie), des esprits des éléments ou des morts (nécromancie). Elle se présente sous la forme de cérémonies (d’où son nom : magie cérémonielle) supposant le maniement d’une série d’indispensables objets rituels : la baguette, l’épée, la coupe d’eau. L’opérateur doit opérer, sous peine de périls graves, à l’intérieur du cercle magique qu’il aura préalablement tracé.

A la bibliothèque de Troyes, se trouve un manuscrit enluminé, que l’on attribue au fameux comte de Saint-Germain : La Très Sainte Trinosophie. Il s’y trouve la description précise, avec tous les attirails nécessaires, de scènes de magie cérémo­nielle. D’après certains auteurs, auxquels un passage (où le rédacteur de la Très Sainte Trinosophie se dit écrire l’ouvrage en prison) donne raison, il s’agirait en fait d’un livre rédigé par Cagliostro dans son sombre cachot de la forteresse de San Léo dans les Apennins. C’est là que les officiers du général Masséna décou­vrirent le dit manuscrit. Pouchkine, dans sa célèbre nouvelle La Dame de Pique, prête à Cagliostro (lequel l’aurait révélé à une aristocrate russe) la connaissance du secret des “trois cartes” permettant de gagner à coup sûr au jeu. En fait, Caglios­tro, bien loin de s’intéresser aux recettes d’une magie à but utilitaire, se consa­crait effectivement aux pratiques de la haute magie cérémonielle. Son Catéchisme de la Maçonnerie Egyptienne en apporterait la preuve manifeste.

La haute magie cérémonielle pourra se trouver utilisée pour divers buts. Elle pourra, par exemple, servir à un but divinatoire, voire prophétique. Les fameuses Centuries de Michel Nostradamus en donnent l’exemple type. Nous allons maintenant nous pencher sur deux domaines classiques de la magie : les envoûtements, puis l’évo­cation des morts. Cela nous incitera à un lot de salutaires constatations et ré­flexions.

LES ENVOUTEMENTS

Qu’est-ce qu’un envoûtement? C’est l’acte magique par lequel il serait possible de forcer la volonté d’autrui, même si celui-ci se montrait d’une opposition totale; d’obliger la victime à se plier au but espéré (l’amour par exemple), ou encore (c’est alors un envoûtement de haine) de la rendre malade, de lui nuire et même de la faire mourir ou de la détruire.

L’histoire des pratiques d’envoûtement illustrerait à merveille une persistance à travers les âges et véritablement chez tous les peuples (primitifs ou civilisés) du même ensemble de pratiques magiques. Lisez, pour un panorama plus complet de la question, notre ouvrage : Serge Hutin, Techniques de l’Envoûtement (Editions Pierre Belfond).

La méthode classique pour réaliser l’envoûtement utilise une figurine représentant la personne sur laquelle on veut agir : la dagyde ou le voult (tels sont les deux termes consacrés en terminologie occidentale). Elle aura suivant l’épo­que ou le cas particulier, un contour extrêmement simplifié (évoquant la silhouette d’un être humain) ou plus rarement elle prendra la forme d’une représentation très précise et réaliste, y compris pour la manière de se vêtir, du sujet à toucher.

En voici un exemple : Mises en vente en 1953 chez un grand antiquaire parisien, deux poupées d’envoûtement, représentaient respectivement (en costume de l’époque) le bon roi Henri (le Vert Galant) et sa favorite Gabrielle d’Estrées. Selon toute vraisemblance, l’initiative de l’opération magique venait d’une dame de la cour cherchant à supplanter celle-ci dans le coeur du roi, ou encore d’une rivale délais­sée cherchant à se venger du couple prestigieux.

Mais le principe essentiel de la figurine d’envoûtement consiste non pas dans le degré (flou ou minutieux) de ressemblance par rapport à la victime, mais dans cet impératif précis : s’y trouvera toujours incorporé quelque chose pris à l’inti­mité organique de la victime : quelques gouttes de son sang, un petit fragment de sa chair, du liquide spermatique ou menstruel. Comme c’est bien loin d’être toujours facile à se procurer, l’envoûtement pourra être tenté (pratique devenue tout à fait classique à l’époque moderne) en prenant pour support une photographie du sujet sur lequel on veut agir. On retrouve donc ici ce principe fondamental de la magie (quelle que soit sa coloration) : agir sur le tout à l’aide de la partie, du fragment emprunté à celui-ci. C’est un point central de la vision fétichiste du monde et des êtres.

Naturellement, une explication scientifique de l’envoûtement ne manquerait pas de tenter une réduction de celui-ci à son efficacité purement psychologique. Cela réduirait d’autant, cela va de soi, le réel champ d’application des dites pra­tiques. Si la victime est au courant, se laisse influencer par le magicien, si elle a peur des dites pratiques, jouera alors à plein l’efficacité, regrettable mais si réelle du processus d’autosuggestion. Le docteur Harvey Spencer Lewis (premier Impérator de la Rose+Croix AMORC dans la résurgence au 20ème siècle de cette frater­nité) a écrit à ce sujet un livre, remarquable de pénétration, intitulé Empoison­nement Mental. Il serait donc absurde, suivant cette perspective, de croire à une efficacité directe, automatique et impersonnelle des pratiques d’envoûtement. Comme dans tous les domaines désignés sous l’appellation redoutable de magie noire, au sens familier du terme, l’action ne pourrait absolument pas jouer si la victime n’acceptait pas (plus ou moins consciemment) de jouer le jeu et de croire aux pouvoirs maléfiques du sorcier ou du magicien. Et encore moins, contrairement à l’idée courante, si le sujet ignore absolument qu’une action maléfique se trouve engagée contre lui!

Il est vrai que certains cas étranges sembleraient aller contre cette accep­tation (qui semblerait pourtant aller de soi) de l’impossibilité flagrante d’un déterminisme objectif, inflexible, et totalement impersonnel, qui jouerait en magie noire, indépendamment de la volonté des victimes des dites pratiques, ou même à leur total insu.

Nous citerons deux cas significatifs, qui sembleraient laisser conclure au contraire (mais sous toutes réserves) à la possibilité d’imprégnation maléfique et fatale d’un objet. Cas d’autant plus troublants qu’ils attesteraient la possibi­lité pour la charge magique mauvaise, de se répercuter même sur une autre personne que la victime précisément visée par le mage noir.

Le premier cas se trouve relaté dans les Envoûtements sur Paris (Denoel,1954) de notre regretté ami Jacques Yonnet. Il s’agissait de la découverte fortuite sur la rive souterraine de la Bièvre, d’une poupée d’envoûtement en bois, grossièrement taillée, remontant sans doute à la fin du moyen-âge. Jacques Yonnet l’avait donnée à l’un de ses amis, collectionneur d’objets étranges. Pour accentuer le réalisme de la poupée, ce dernier eut la malencontreuse idée de lui rajuster sur le crâne une poignée de cheveux prélevée sur ceux de sa fillette. Résultat : cette dernière se trouva soudainement atteinte de troubles spectaculaires de possession démoniaque, à la fois physiques et psychiques; ses jours se trouvaient en terrible danger. Pour libérer la fillette de l’emprise maléfique, il fallut faire d’urgence appel à un exorciste chevronné de Normandie. Qu’en penser ? Nous ne nous prononcerons pas…

L’autre cas nous fut raconté en 1975, par un ami résidant dans la grande ban­lieue sud de Paris. Il avait offert à son fils (alors âgé de 17 ans) un beau masque africain apparemment anodin, n’ayant pas du tout un aspect effrayant; et le jeune homme l’avait accroché en place d’honneur dans sa chambre, juste en face de son lit. Le fils se mit à faire, et se répétant chaque nuit, d’horribles cauchemars, où il se voyait attaqué par d’affreuses entités. Il se réveillait en sursautant, hurlant de terreur, et tout couvert d’une sueur froide. Le médecin de famille ne découvrit rien d’anormal chez le jeune homme. Mais un vieux colonial, ayant longtemps résidé dans une certaine région de l’ancienne Afrique Noire française, reconnut d’emblée dans le masque un objet d’une nature très spéciale : grâce à lui, certains sorciers de brousse suscitaient chez leurs victimes une mort implacable, précédée par une interminable épouvante sans nom. Il suffisait donc d’enlever le masque de sa chambre pour que, chez le jeune homme cessent d’un seul coup les nuits de folle terreur. Dans cet exemple, il y aurait bel et bien eu un effet automatique sans que s’y associe un processus de suggestion (le fils ne venait pas du tout de dévorer des oeuvres d’épouvante ou d’horreur se déroulant dans la brousse africaine). Le masque aurait donc été savamment imprégné par le sorcier de “quelque chose”, mais quoi donc? Des vibrations? Un fluide? Des clichés du plan astral ? Cela semble bien étrange certes (c’est le moins qu’on puisse dire). Mais ne constate-t-on pas que des lieux, des édifices, des objets, peuvent se trouver comme imprégnés, chargés d’une puissance négative suprêmement maléfique, que le sujet rentrant en contact avec eux pourra capter, et même d’une manière toute involontaire ?

Revenons un peu sur les figurines d’envoûtement. Elles sont réalisées en diver­ses matières : d’ordinaire la cire d’abeille (matériau classique en l’occurrence) ou le bois; mais on pourra en trouver en diverses substances minérales ou encore en métal (fer, plomb, bronze). La mise en branle d’une opération  d’envoûtement déclencherait, du moins s’il faut en croire les traités et grimoires classiques de magie, le déchaînement soudain du choc en retour, réaction d’autant plus violente et dangereuse que l’opération d’envoûtement aura été menée de la manière la plus forte et implacable. Un rituel de contre-envoûtement aurait justement pour but de neutraliser l’action maléfique, en faisant se retourner contre l’envoûteur les forces colossales déchaînées par lui.

Une objection se présente tout naturellement sous la plume du sceptique : si les pratiques d’envoûtement étaient efficaces, on s’en apercevrait de belle manière autour de nous! Puisque les personnes n’ayant ni la vocation ni la patience de se lancer elles-mêmes dans ces hasardeuses pratiques n’auraient qu’à s’en remettre pour l’accomplissement à des professionnels en la matière. Si certains mages se bornent à ce qui leur semble licite (le fameux retour d’affection, censé ramener au foyer un conjoint volage) il en est d’autres qui, moyennant finances certes, accepteront de réaliser toute opération, quelle qu’elle soit (d’amour ou de haine) souhaitée par le client.

Si donc les envoûtements étaient réels, on en constaterait les effets bien visibles, qu’il s’agisse des envoûtements de haine ou de ceux de subjugation sexuelle.

La juste réponse consisterait peut-être à hasarder prudemment que l’envoûtement véritable (à distinguer soigneusement des promesses charlatanesques comme des effets d’une simple autosuggestion) s’il existe, doit être sans nul doute extrêmement rare, exceptionnel à tous points de vue. Autrement, tout prétendant déçu se trouverait à même de conquérir magiquement la belle récalcitrante, les êtres haïs ou tout simple­ment gênants disparaîtraient comme des mouches!

Parmi les composantes organiques incorporées dans la figurine d’envoûtement, il y a (constatons-nous) le sang. Cela se comprend fort bien, à défaut de se justi­fier, par la séculaire et si étroite association du sang avec la force vitale même: agir sur lui, n’est-ce pas agir sur celle-ci même?

Evoquons un souvenir historique particulièrement sinistre : l’horrible exécution (un vrai martyre) de la princesse de Lamballe, le 3 septembre 1792, à sa sortie de la prison de la Force (dans le quartier parisien du Marais). Une tradition du vieux Paris n’affirme-t-elle pas que le sang de la malheureuse victime se trouva soigneusement recueilli pour réaliser une sinistre opération de magie noire, par une secte de mages diaboliques adorateurs de Satan ?

L’efficacité de l’envoûtement pourrait néanmoins jouer, point important à noter, autrement que dans des buts de haine. L’opération pourrait même (dit-on) se trouver tentée, en tout dernier recours, en ayant en vue la guérison d’un malade incurable. Cela serait-il efficace? Nous éviterons évidemment cette fois-ci encore de nous prononcer!
Paracelse relatait même qu’en agissant sur une image métallique (fer ou bronze), on pourrait réussir soi-même à se rendre invulnérable.

Dans ses « Enchantements sur Paris » déjà cités plus haut , Jacques Yonnet raconte l’incroyable secret de l’horloge magique. Celle-ci dont les aiguilles marchent à l’envers, aurait pour propriété, du fait d’incorporer dans les pièces de son méca­nisme un peu du sang et de la chair pris à son détenteur, de faire littéralement remonter le temps au corps physique. Celui-ci s’arrêtant de vieillir, retournerait d’une manière insidieuse mais implacable (au rythme des secondes successives), vers la jeunesse physique du sujet. Malheureusement, il y aurait le revers de la médaille : le possesseur de l’horloge magique serait certes merveilleusement heureux de ne plus vieillir et même de remonter ainsi vers la jeunesse perdue, mais qu’arriverait-il ensuite inéluctablement? Après la jeunesse, le corps reparcourrait ensuite tou­jours à l’envers l’adolescence, l’enfance, l’état de bébé, jusqu’au point de départ: la naissance. Ce serait une véritable malédiction, semblable à celle connue par le héros d’une nouvelle américaine de W.Scott Fitzgerald: « Benjamin Buttons » : L’his­toire d’un homme qui naît vieillard pour, après avoir parcouru son existence à l’envers, finir par mourir nouveau-né !

Mais d’après Jacques Yonnet, l’homme qui fabriquait les dites horloges magiques, avait su échapper, lui, à la malédiction, puisque l’horloge qu’il s’était fabriquée (exemplaire unique pour lui seul) avait ses aiguilles marchant alternativement en arrière et en avant. De la sorte, c’était l’équilibre vital chronométrique : pas de vieillissement, mais pas non plus cette inexorable remontée en arrière jusqu’à la naissance biologique. En d’autres termes, c’était le secret d’une triomphale immortalité physique. Chose curieuse, ce mystérieux horloger, ou l’individu qui prétendait être ce personnage, n’était pas un pur produit de l’imagination luxuriante de Jacques Yonnet. Il ne se cachait nullement : il tenait sa minuscule échoppe dans les années 30 et 40, rue des Grands Degrés, sise dans le vieux quartier parisien des alentours de la Place Maubert. Il disait s’appeler Oswald Biber, et laissait entendre qu’il était arrivé à Paris, venant d’Europe centrale au 15e  siècle.

A la fin des années 50, le personnage mourut. Mais Jacques Bergier , cet autre regretté ami, co-auteur du  Matin des Magiciens affirmera l’avoir vu  vivant, plusieurs mois après ses obsèques, lors d’un gala donné par Leo Ferré  à la salle de la Mutualité pour le journal anarchiste, Le Monde Libertaire.

On retomberait en fait sur les traditions et légendes d’immortalité corporelle associées à la tradition alchimique, toujours bien vivantes encore dans l’imagination populaire.

Revenons quand même un peu sur les pratiques d’envoûtement, dans leur allure la plus traditionnelle. Comment donc prétendre puis expliquer le redoutable ou absur­de problème de leur efficacité? L’explication la plus positive fait certes appel, rappelons-le, aux effets (insidieux ou spectaculaires) de la pure et simple sugges­tion : en celle-ci résiderait toute la force indéniable, l’active suprématie de la volonté forte sur les psychismes faibles. L’efficacité des envoûtements serait ainsi à rapprocher en somme, du processus psychique par lequel l’hypnotiseur agit sur ses sujets. Ce ne serait nullement diminuer l’étendue effective des pouvoirs et possibilités d’actions qui s’offrent au praticien. N’est-il pas avéré que l’hypno­tiseur pourra même susciter chez son sujet des réactions totalement décalées par rapport à celles qui jouent à l’état de veille?

De même qu’un somnambule pourra impunément déambuler sur les toits (alors qu’éveillé le vertige l’en empêcherait) le sujet hypnotisé et mis en catalepsie pourra faire exécuter à son corps la posture dite du pont, se renversant en arrière jusqu’à poser finalement ses deux mains sur le sol. Alors que, sauf s’il avait lon­guement suivi la formation acrobatique, il en serait bien incapable à l’état de veille.

Il ne faudrait évidemment pas manquer de souligner le rôle capital joué en  l’occurrence par l’ascendant même du mage, par la fascination voire la crainte exer­cées sur ses victimes. Il est bien évident que la réussite effective d’un envoûtement d’amour (pour prendre ce cas) pourrait parfois se résoudre au fait que la jeune victime aurait succombé tout bonnement à sa crainte (mêlée de fascination) du mage ou du sorcier.

Mais serait-il vraiment possible d’obliger tout d’un coup quelqu’un d’indif­férent au départ ou même franchement récalcitrant, à devenir sexuel­lement attiré par le personnage au bénéfice duquel serait pratiqué un envoûtement d’amour? Cela semble difficilement croyable, même si la rareté des réussites convaincantes en ce domaine se trouvait attribuée au danger immense encouru par le prati­cien, lequel par le redoutable choc en retour de l’énergie colossale envoyée dans l’astral, risquerait même la mort. Des réussites seraient-elles néanmoins possibles? Elles équivaudraient à celle montrée dans une peinture flamande célèbre du 15ème siècle, qui montre une magicienne en train de réaliser un envoûtement d’amour; en arrière-plan, pénètre dans la pièce, le jeune homme convoité par la belle, mû vers elle par une impulsion irrésistible. Nous éviterons prudemment de nous prononcer sur le problème d’une efficacité magique en soi qui jouerait d’une manière implacable tant pour les envoûtements de haine que pour ceux visant à susciter un esclavage sexuel chez celui qui en fait les frais.

Il faudrait remarquer aussi, et cela expliquerait certains cas troublants d’attirance érotique si soudaine et apparemment paradoxale chez un sujet, que le magnétisme sexuel, s’il s’associe si volontiers à la beauté physique, pourra ne pas l’accompagner toujours d’une manière étroite. C’est le second sens de l’expres­sion beauté du diable, celui qui s’applique à l’existence d’un magnétisme érotique chez quelqu’un (femme ou homme) au physique pourtant ingrat.

L’EVOCATION DES MORTS

L’autre réalisation spectaculaire de la magie, c’est l’évocation des morts : la nécromancie (pour user du mot grec entériné par l’usage). Pratique magique extrêmement ancienne, et dont l’exemple type (rap­pelons-le) se retrouve dans l’épisode biblique du roi des Hébreux Saül, venant con­sulter la pythonisse d’Endor dans son antre sinistre, avec l’espoir de se trouver averti juste avant la bataille décisive par l’esprit du plus fameux juge du peuple hébreu.

L’expression nécromancie est lourde de sens : elle associe l’image d’une prati­que impie interdite par les autorités religieuses (le christianisme des diverses Eglises prendra le relais des condamnations judaïques) à l’évocation des morts dans un but divinatoire. Un cas moderne célèbre sera celui du tsar Nicolas II se faisant évoquer par Papus (le docteur Gérard Encausse, le si célèbre occultiste de la Belle Epoque) l’esprit de son père, Alexandre III, dans l’espoir d’obtenir de lui des directives précises pour la conduite des affaires de la Russie, menacée par la tour­mente révolutionnaire.

L’évocation magique des esprits désincarnés ne se réduit nullement à l’obtention d’un simple contact avec ceux-ci. Il s’agit en nécromancie d’obtenir une véritable apparition, j’allais dire, excusez-moi, une survenue en chair et en os, de l’esprit, qui se “matérialisera” (comme on dit) au milieu du cercle magique tracé sur le sol par le magicien. Les désincarnés ne se manifesteront pas du tout (il convient d’y insister) sous la forme classique des “revenants” vêtus d’un suaire et traînant leurs chaînes (image héritée du roman anglo-saxon dit Gothique de la fin du 18ème siècle et tellement popularisée depuis par les films d’épouvante), mais à la manière dont ils étaient habillés lors de leur décès.

L’évocation des morts, comme celle des anges ou des démons, constitue une branche bien précise de la haute magie rituelle. Le praticien n’opérera point du tout au hasard ou par fantaisie. Des règles traditionnelles fort précises et minu­tieuses régissent le tracé méthodique du cercle magique et des figures géométriques ainsi que des formules qui s’y trouvent, l’emploi des fumigations d’encens et d’autres substances, la présence sur l’autel de la coupe d’argent et d’autres objets rituels, le maniement de la baguette et de l’épée magiques, le vêtement spécial et les gestes de l’opérateur, la manière de prononcer et chanter les mots sacramen­tels. Rien n’y est laissé au hasard.

La haute magie traditionnelle n’est-elle pas une technique qui a ses règles impératives à suivre sous peine d’échec ou de péril ? Il existe de vieux recueils de recettes : les grimoires, avec une volonté plus ou moins délibérée chez leurs rédacteurs de cacher certains points essentiels pour ne pas dévoiler trop ouver­tement au simple curieux la procédure à suivre. Un réel sens de l’humour pourra même s’allier parfois au souci de dissimulation et de camouflage ; ainsi s’expli­querait à notre avis, la présence manifestement délibérée de recettes absurdes ou irréalisables dans le plus célèbre sans doute des grimoires dans les pays de langue française : Le Grand et le Petit Albert.

Mais il existe aussi de véritables précis ou traités de magie cérémonielle. C’est le cas sous la Renaissance, du quatrième livre de la Philosophie Occulte d’Henri-Corneille Agrippa. En 1941, Jules Boucher faisait paraître à Paris un Manuel de Magie Pratique, dont le titre même (le volume sera réédité plusieurs fois) annon­çait la couleur.

Il existe toute une série de vivantes descriptions d’une cérémonie d’évocation magique des morts, y compris des textes de l’antiquité classique (dans l’Odyssée d’Homère et au livre VI de l’Enéide de Virgile).

Eliphas Lévi, le célèbre occultiste français du milieu du siècle dernier, a donné le récit complet de l’évocation tentée par lui à Londres, de l’esprit d’Apol­lonius de Tyane (le fameux prophète du néopythagorisme, qui vécut au premier siècle de l’ère chrétienne). Rituel couronné de succès, affirmait-il.

Noël de la Houssaye, écrivain français des années 40-50, avait écrit un fort curieux roman occulte intitulé L’Apparition d’Arsinoe (Editions de la Colombe), qui relate sous une forme romancée, mais en s’inspirant visiblement d’un récit auto­biographique, l’évocation magique de l’âme d’Arsinoe, une princesse égyptienne (célè­bre par sa beauté) de 1’époque des Ptolémées.

Il nous serait évidemment impossible de trancher, pour ce qui concerne le pro­blème des résultats réalisables ou non en la matière ! Nous garderons une attitude de prudente expectative.

LES DANGERS

Les auteurs s’accordent pour faire de la nécromancie un domaine périlleux à l’extrême. Il y a tout d’abord, les dangers d’ordre psychique (dissociation ou “projection”) et en cette direction, les mises en garde des occultistes rejoindraient celles de la médecine mentale. Voyez l’ouvrage clas­sique de Philippe Encausse (le fils même de Papus) : Sciences Occultes et Déséqui­libre Mental.

Mais d’autres périls seraient, eux, d’une nature palpable, matérielle. En cas d’imprudence de la part du magicien, il y aurait même danger de destruction, voire d’attaque sur l’enveloppe physique de l’évocateur imprudent. L’évocation des morts par les procédés spectaculaires de la haute magie cérémonielle se trouve toujours décrite comme extrêmement dangereuse, non susceptible donc d’être pratiquée par les amateurs étourdis. Même le magicien professionnel devra, et d’une manière impérative, se montrer toujours prudent à l’extrême. Sortir du cercle magique serait l’erreur à ne pas commettre : elle priverait le praticien aussitôt de sa protection ainsi apportée contre les attaques extérieures des forces démoniaques gardiennes des régions du ténébreux séjour.

Pour obtenir le libre passage à travers les régions successives de celui-ci, le magicien devra connaître avec précision le nom de l’entité qui est le gardien de chacune d’elles, et la formule qui lui correspond. Sans celle-ci, l’accès ne lui serait pas accordé, le portail ne s’ouvrirait pas.

AUTRES PROCEDES

Mais serait-il possible d’obtenir à volonté le contact avec les défunts par d’autres techniques que les arcanes de la magie cérémonielle? Les dits procédés, tout au contraire, ne nécessiteraient pas d’apprentis­sage minutieux et complexe; ils seraient accessibles à tous et sans danger . C’est justement ce qu’affirme le spiritisme, dont les adeptes utilisent, en toute bonne fois, précisons-le, des méthodes simples et éprouvées. Si aisées au point qu’elles pourront hélas se voir parfois réduites (c’est là estimons-nous une totale erreur) à l’état de petits divertissements mondains de salon.

La pratique spirite la plus courante est celle des tables tournantes. Théori­quement, n’importe quelle table, même très lourde et volumineuse pourrait faire l’affaire, mais on utilisera généralement une table circulaire (elle pourra être d’une belle dimension) ou, si le nombre des participants est très réduit) un léger guéridon. Celui-ci pourra même être utilisé en solo, par un seul expérimentateur. On peut en effet bel et bien opérer seul, et bien qu’il soit sans nul doute préfé­rable, car comme on dit “les fluides vont s’additionner” d’être plusieurs parti­cipants. Ceux-ci pourront d’ailleurs être très nombreux.

Comment communique-t-on alors avec les esprits désincarnés ? En utilisant 1′ al­phabet spirite, d’une grande simplicité théorique : tout y dépendra du nombre de coups frappés par la table mise en mouvement par le jeu du “fluide” des mains du ou des assistants. Un coup pour oui, deux coups pour non. Un coup pour a, deux coups pour b, trois coups pour c, quatre pour d, etc., jusqu’à épuisement des lettres de l’alphabet. Le processus prendra évidemment du temps.

Un désincarné pourra révéler ainsi son identité, puis, toujours par le biais de cet alphabet spirite, soutenir ensuite une véritable conversation avec le ou les participants. Citons un cas assez extraordinaire à notre avis : Notre regretté ami Jean de Foucauld nous avait raconté en automne 1961, sa fort curieuse expérience, d’autant plus intéressante à relater que cet excellent ami (c’est important de le noter) n’avait quant à lui aucune conviction spirite, qu’il s’était donc tout bon­nement prêté à une expérience de salon, sans y attacher au départ le moindre sérieux. Prié de décliner son identité à l’aide de l’alphabet spirite, l’”esprit” contacté révélait son état civil : Dumolard. Mais la conversation tourna piteusement court, puisque, sans relâche et obstinément, 1′”esprit” donnait pour seule réponse aux questions successives posées : du boudin, du boudin, du boudin , du boudin… Cela semblait totalement absurde aux participants, à moins d’imaginer le contact subi avec un légionnaire. Or, Jean de Foucauld eut quelques jours après l’occasion de tomber, par hasard, (mais était-ce vraiment le cas ?) dans un lot de vieux magazines illustrés remontant au Paris de la Belle Epoque, sur un article qui racontait en détail l’exécution capitale quelques années avant la fin du siècle, d’un assassin appelé Dumolard ! Celui-ci, homme à l’intelligence très fruste (ses crimes furent commis sans la moindre tentative de brouiller les pistes, et il fut vite découvert) avait assassiné à Paris plusieurs riches dames âgées solitaires, pour leur dérober leur économies. Il avait été condamné à mort. A l’aube de son exécution, lorsqu’après les traditionnels petit verre de rhum et cigarette du condamné, on lui demanda s’il avait un dernier souhait à formuler, Dumolard répondit à la stupéfaction des assis­tants : manger du boudin! On lui répliqua évidemment qu’à 5 heures du matin on ne trouverait dans le quartier aucune charcuterie ouverte. Mais Dumolard fut alors pris d’une subite colère déchaînée, un vrai accès de folie furieuse. Les aides du bourreau eurent un mal énorme pour le traîner devant la sinistre machine et, jusqu’au moment où le couperet retomba, le condamné n’arrêtait pas de hurler à tue-tête : Du boudin ! Du boudin ! Du boudin ! Du boudin !

On peut fort bien imaginer que la  conscience  du  condamné Dumolard se trouvait sous la totale emprise d’une frustration explosive, et que celle-ci  le suivit toujours aussi frénétique, dans la région de l’au-delà dans laquelle il se trouvait assigné…

Il existe d’autres méthodes (que la table tournante) visant à obtenir le contact (réel ou supposé) avec les désincarnés. Les deux plus fréquemment employées (en petit groupe ou en solitaire) sont le oui-ja et la corbeille à bec. Deux ustensiles tout à fait apparentés, puisque l’un comme l’autre se dirigera immanquablement sous l’impulsion automatique de la main, vers les mots oui et non, vers telle ou telle lettre de l’alphabet ou vers tel ou tel chiffre tracés sur la table ou sur une étof­fe. Le oui-ja est une légère planchette pourvue en son milieu supérieur d’une flèche indicatrice. La corbeille à bec en osier (d’origine extrême-orientale : elle vient du caodaïsme indochinois) fonctionne suivant le même principe : son bec se dirigera d’une manière précise vers tel ou tel élément du tableau.

Outre l’explication matérialiste, suivant laquelle les phénomènes dits spirites obtenus par ces trois méthodes de pratique aisée, ne seraient qu’une pure et simple illusion imaginative des assistants, même si ceux-ci sont d’entière bonne foi, et s’expliqueraient par le jeu inconscient de la main, il existe en revanche deux expli­cations qui , si elles ne nient pas du tout la réalité des dits phénomènes, en nient la nature spirite (c’est-à-dire l’attribution aux esprits désincarnés).

Première hypothèse, celle des parapsychologues, aux yeux desquels les soi-disant “messages” et communications spirites, ne viendraient pas du tout néces­sairement (bien au contraire) des désincarnés. Il s’agirait de simples manifes­tations parmi les autres (télépathie, psychokinèse, etc.) d’une énergie imperson­nelle, d’une force psy, inconnue ou méconnue, qui existe plus ou moins développée certes, chez tous les humains qui vivent ici-bas. Ainsi s’expliquerait fort bien le fait, si fréquemment constaté, de la concordance des messages obtenus avec les propres convictions et croyances soit des participants, soit de l’un ou l’autre parmi ceux-ci. N’est-il pas vrai que dans les étranges messages obtenus lors des séances spirites organisées à Hauteville House par Victor Hugo en exil à Guernesey, le style même (si caractéristique) des dites communications, ressemble singuliè­rement à du pur Hugo ?

ghosts handL’autre hypothèse négatrice fort irrévérencieuse, est celle évidemment suivant laquelle les soi-disant messages et communications spirites émaneraient en réalité des entités sataniques, de puissances démoniaques surgies des profondeurs infer­nales. Les démons s’amuseraient ainsi à mystifier les humains ou (pire) tenteraient par ce moyen d’implanter en eux des convictions fausses et pernicieuses. C’est l’explication encore soutenue par certains théologiens catholiques intégristes. On la retrouve, chose curieuse, chez les Adventistes du Septième Jour : selon ces derniers, la survie de l’âme après la disparition du corps constitue une pure illu­sion, mais celle-ci . est entretenue par les puissances démoniaques, qui savent jouer à merveille pour les hommes crédules, le rôle des soi-disant désincarnés contactés par les pratiques du spiritisme.

A titre de curiosité, signalons que des parapsychologues allemands, comme le professeur Raudive, ont tenté l’enregistrement direct de la voix des morts. Cela semble à première vue fantastique, et même trop beau pour être vrai, suscep­tible au surplus de faire naître de naïfs et faux espoirs. Mais qu’en penser au juste ? Cela peut apparaître fantastique et difficilement croyable d’admettre que, de même que l’on enregistre à volonté sur bande magnétique les voix des vivants, on puisse faire de même avec celles des morts ! Et, comme diraient les sceptiques, ce serait vraiment trop beau, et bien pis, risquerait (sans même parler des escro­queries possibles) de faire naître de trop pathétiques illusions chez les êtres (et ils sont si nombreux hélas) qui recherchent à tout prix le contact avec les êtres chers trop tôt disparus.

Cela me remet en mémoire ce cas si touchant de fantastique espoir : un veuf dont la fille unique bien-aimée venait d’être tuée par un chauffard à 16 ans, et qui, ayant lu un article consacré aux travaux de Raudive, avait passé une nuit entière devant la sépulture de son enfant, un magnétophone enclenché posé sur la pierre tombale. La bande était demeurée vierge de la voix tant espérée, et n’avait enregistré que les habituels bruits nocturnes (cris d’un oiseau ou d’une chauve-souris, bruit du vent dans les feuillages des arbres)…

Pourtant, du point de vue parapsychologique, le principe n’aurait sans nul doute rien d’absurde en soi. A condition d’admettre que les défunts ne se trouvent pas transportés en des régions diamétralement coupées de notre plan des apparences sensibles , mais, tout au contraire, qu’ils vivent dans le même monde manifesté que nous, bien qu’à un niveau vibratoire de manifestation différent du nôtre. Préci­sons aussi que ce serait effectivement trop beau d’espérer enregistrer la voix des morts sur un magnétophone de type courant, même d’une très grande sensibilité. Il faudrait donc, selon Raudive et ses successeurs dans cette direction particu­lière de recherches, utiliser un appareil tout spécialement conçu pour réussir à capter les subtiles fréquences vibratoires propres aux éventuelles manifes­tations vocales provenant d’esprits désincarnés. A titre de curiosité, signalons que les bandes magnétiques obtenues par Raudive et ses émules ont occasionnellement permis la reconnaissance de voix connues des témoins (la voix conserverait-elle donc outre-tombe le même timbre?). Sur l’une d’entre elles, on avait même reconnu l’éloquence oratoire si caractéristique de… Winston Churchill, le fameux Premier ministre britannique de la seconde guerre mondiale.

Evidemment, une question pourrait alors être posée : à supposer que, dans les dits enregistrements, il s’agisse bel et bien de la voix de personnes décédées, celles-ci visaient-elles vraiment à se manifester alors d’une manière expresse et volontaire aux vivants ? Ou bien s’agirait-il de la manifestation d’un pur et simple mécanisme automatique de résonance d’enregistrement (valable d’ailleurs pour tout ce qui se produit sur le monde physique), et qui se reproduirait dès lors automatiquement et sans trêve, sans que la réelle volonté des “esprits” (ou soi-disant tels) soit en cause ?

Mais le même problème se poserait évidemment à propos des manifestations disons les plus spectaculaires que l’on attribue si volontiers aux interventions post-mortem des défunts : les phénomènes de hantise de certains lieux, avec apparition des revenants (pour user du mot familier). S’agit-il de communications délibérées, venant d’esprits désincarnés qui veulent se manifester aux vivants ? Ou bien s’agi­rait-il d’une sorte d’enregistrement automatique du passé, qui se reproduirait d’une manière sempiternelle et toute impersonnelle, sans trêve ni recours, sans qu’une quelconque “volonté” des spectres y intervienne pour quelque chose ?

LES HANTISES

Chose curieuse, l’étude attentive du si copieux dossier des phéno­mènes de hantise (plus précisément ceux qui mettent en scène un ou plusieurs personnages du passé) laisserait conclure à l’existence de phéno­mènes de deux types. Certaines hantises appartiennent bel et bien au premier : tout se passe comme s’il s’agissait de la simple projection automatique, inlassablement reproduite et toute impersonnelle, d’un épisode vécu jadis par le ou les personnages qui “reviennent” ainsi dans le lieu hanté. Dans les phénomènes de ce genre, tout semble en effet se passer (l’analogie nous vient tout de suite à l’esprit) comme si les témoins éventuels assistaient à la projection automatique d’une séquence filmée, toujours la même, inlassablement projetée. Dans ce type de hantises, tout se déroule d’une manière rigoureusement automatique, les fantômes n’y ont aucune volonté propre; ce sont comme des images passives que projetterait un appareil. Dans ces cas (ils sont fort nombreux) il n’existe donc aucune communication réelle entre les “revenants” et les témoins du phénomène. En espérer une serait aussi impensable, même si cela semble certes un thème fantastique en or, d’imaginer que lorsqu’un film se trouve projeté devant nous, les personnages qui s’offrent à notre vue se rendent compte de notre présence, et qu’ils veulent donc communiquer avec nous.

Mais il existe un second type de hantise, tout différent : celui dans lequel il y a non seulement manifestation d’un ou plusieurs spectres, mais où ces revenants du passé (assez proche ou plus lointain) paraissent se rendre compte de la présence des témoins, et désireraient même entrer en rapport avec eux, éventuellement leur communiquer un message.

Il est certes parfaitement exact qu’outre les hantises objectives toutes pas­sives et impersonnelles, semblables à ce que serait la projection automatique (en relief il est vrai) d’un film sur un écran cinématographique, il en existe d’autres. Dans ces dernières, un contact réel, conscient, semble s’établir entre le ou les “revenants” d’une part, les témoins de la hantise d’autre part. Il pourra même y avoir des cas selon les témoignages, où le spectre formulera un souhait. Il voudra voir réaliser quelque chose qui lui tenait à coeur de son vivant et qu’il n’avait pu hélas accomplir. Il pourra aussi souhaiter, mais on se demande pourquoi un tel attachement rétrospectif à l’ancienne enveloppe physique, quelque chose en rapport avec le respect du corps qu’il avait revêtu : retrouver le cadavre perdu, ou même le squelette qui en fut l’aboutissement, pour lui donner enfin une sépulture décente. Il pourra plus fréquemment, s’agir aussi dans la perspective religieuse, d’une demande de prières pour le ou les défunts.

Il faudrait évidemment faire place aux rares cas, mais là nous dépasserions le domaine des hantises courantes, où semble s’instaurer le contact non pas entre vivants et décédés, mais entre des personnages en chair et en os les uns comme les autres, mais qui vivent à deux niveaux temporels différents. L’exemple le plus connu, que nous avions d’ailleurs mentionné déjà à propos du fascinant problème des voyages dans le temps, serait évidemment celui des deux Anglaises qui, se prome­nant dans le hameau de Marie-Antoinette au Petit-Trianon un après-midi de fin d’été 1901, s’étaient trouvées tout d’un coup mises en présence de personnages de la fin du 18ème siècle, dont (leur semblait-il) l’infortunée épouse de Louis XVI.

Revenons aux hantises de type classique. Il faut bien insister à nouveau sur le fait que les vrais fantômes et revenants ne se présentent pas (contrairement à ce que l’on croirait) vêtus d’un long drap mortuaire mais toujours habillés à la manière qui fut la leur à l’époque de leur existence physique. Notons aussi que, sauf dans des cas tragiques ayant lié le psychisme du désincarné à 1’instant même de la mort, même les revenants qui avaient (de leur vivant) atteint un âge avancé, se manifestent sous leur apparence nettement plus juvénile (un peu moins de la quarantaine). Ce serait semble-t-il le cas le plus général : dans 1′”au-delà” on n’est pas vieux.

La communication entre un désincarné et le témoin de la hantise pourra se faire soit sous forme d’une matérialisation parfaite du personnage, voire de toute une scène dont il fut l’acteur, soit s’exprimer à l’aide d’un seul de ses sens.

Je me permettrai à ce propos de relater une petite expérience personnelle. A la fin du mois d’Octobre 1973, je me trouvais remonter de Nice en Angleterre par le wagon-lit direct Riviera-Calais. Vers l0h 1/2 du matin, alors que le train entamait un trajet terminal sur le littoral nord, j’entendis très distinctement résonner tout d’un coup à mon oreille la voix d’une amie chère, disparue un an auparavant lors d’une catastrophe aérienne, et qui me disait ces mots : “Si tu savais !”. Je me trouvais seul dans le compartiment mais je suis persuadé que, s’il y avait eu un ou deux témoins, ils n’auraient rien perçu, alors que j’étais persuadé d’entendre distinctement prononcer ces trois mots. Tout se passait donc, (et cela jouerait dans la majorité des cas en fait) comme si une communication demeurée purement subjective se trouvait “traduite” en apparence et pour ma seule perception, par un phénomène objectif : la voix si clairement reconnaissable de mon amie.

MATERIALISATIONS

On signale périodiquement des phénomènes parfaitement specta­culaires : d’authentiques manifestations objectives d’un défunt.

Elles pourraient prendre la forme d’une véritable matérialisation : l’esprit désin­carné se manifestant par la formation, plus ou moins durable, d’un ectoplasme (tel est le terme consacré par les anciens métapsychistes), prenant l’apparence du défunt et semblant se former à partir d’une substance fluidique mais tangible, susceptible même d’être photographiée. Certes, il est volontiers arrivé que ce phénomène spectaculaire se réduise bien piteusement à une fraude habile de la part d’un grand médium dit à effets physiques. N’est-il pas avéré qu’un bon illusion­niste peut faire apparaître à volonté spectres et fantômes de toutes sortes ? Il existe pourtant certains cas dont l’authenticité, vu le sérieux reconnu des obser­vations, ne puisse pas être mise en doute.

Par exemple, à la Belle Epoque, les spectaculaires matérialisations observées par Charles Richet, dont celles de la défunte Katie King. On demeurerait pourtant toujours en pareil cas, dans le domaine des “marges” ou “frontières” non reconnues du savoir, avec l’impossibilité d’atteindre une conviction scientifique absolue en matière de preuves.

Il en serait de même pour ce curieux phénomène signalé par intervalles : l’appa­rition subite de fleurs ou de petits objets “matérialisés” par le médium. Ou par le phénomène qui en est l’inverse : celui de la disparition soudaine ou progressive de fleurs ou d’objets.

Il existe à Rome, signalons-le à titre de curiosité pieuse, un Musée des Ames du Purgatoire, où se trouvent réunis de bien curieux témoignages. Par exemple, ce livre dont une page entière porte l’empreinte (ayant exactement la forme d’une main) laissée par une âme en peine surgie du purgatoire (où elle brûle), pour venir réclamer des prières salvatrices. Cela nous ramènerait au si antique problème (bien antérieur à l’apparition historique du catholicisme) consistant à savoir si les vivants seraient ou non susceptibles d’agir en faveur des morts.

Pour en revenir aux expressions subjectives, rien d’étonnant à ce que perdure aussi l’ancestrale croyance populaire, à une possible communication avec les défunts lors d’un rêve. Qu’en penser ? Après tout, pourquoi pas ?

LE POINT DE VUE MORAL

On considère volontiers comme condamnable le fait même de vouloir essayer de communiquer avec les morts. Ne devrait-on pas les laisser tranquilles éviter de les déranger ou perturber là où ils se trou­vent ? Compte tenu des seuls cas où l’âme du défunt demande à être aidée (par nos prières tout spécialement), personnellement je serais enclin à penser que les désin­carnés se trouvent par eux-mêmes capables d’accepter ou non le contact tenté par nous autres vivants. On pourrait faire ici une analogie facile avec le télé­phone : il nous est loisible d’appeler (et indéfiniment) tout correspondant dont nous avons le numéro. Mais… ce dernier pourra fort bien, s’il souhaite ne pas être dérangé, ne pas daigner décrocher le récepteur, refuser de tenir compte de la sonnerie qui l’appelle, voire (malgré que ce soit légalement interdit par les P.T.T) enlever la prise du téléphone.

Il est vrai que, suivant une tradition magique bien tenace et multiséculaire, la nécromancie serait bel et bien capable de forcer tout esprit désincarné à se manifester. Celui-ci serait obligé, qu’il le veuille ou non, d’obéir à l’ordre donné.

Dans le domaine religieux, il existe une toute autre tradition : celle suivant laquelle il serait possible, et même tout à fait souhaitable, d’aider les âmes qui souffrent, à l’exception de celles qui se seraient mises hors de toute action salvatrice ou apaisante. Les théologiens catholiques considèrent donc comme licite (et même souhaitable) les prières ;destinées à soulager les âmes du purgatoire, alors que cela n’aurait plus de sens de prier pour les âmes damnées, précipitées sans recours dans une condition infernale.

EXPLICATION DES COMMUNICATIONS

Le séjour des esprits désincarnés se trouve traditionnellement désigné par le terme  au-delà. Mot révélateur, laissant donc supposer qu’après la mort, s’il y a survie de la conscience, se trouve intervenir de ce fait un passage, une transition, (autre vocable parlant) entre notre plan habituel d’existence (celui des phénomènes du monde des vivants) et un autre. Ce dernier se trouverait-il donc irrémédiablement coupé du monde où se déroulent nos existences de vivants ? Si cette séparation était irrémédiable,, cela entraînerait ipso facto l’impossibilité radicale d’une réelle communication entre les vivants et ceux ayant effectué le passage dans l’autre plan d’existence.

Pourtant, et bien que nous soyons certes, (il importe en toute honnêteté de le rappeler) en dehors du niveau vraiment scientifique des certitudes expérimen­tales, les témoignages, les cas concrets de communication entre vivants et désincarnés sont multiples, plutôt même innombrables, Faudrait-il penser que, du fait de la mort, l’âme accéderait désormais à un niveau d’existence,totalement affranchi des références de temps et d’espace propres au plan matériel ? Ou bien faudrait-il concevoir plus exactement 1’au-delà comme se déployant à des niveaux vibratoires d’octaves supérieures à celui des apparences sensibles,, décalées par rapport à ce dernier mais où (sous une forme certes différente et volontiers paradoxale dont le rêve nous donnerait peut-être une idée) subsisterait encore un repérage subjectif spatio-temporel conditionnant le sort des êtres “d’outre-tombe”

Au surplus, il y a évidemment toutes les descriptions qui, au cours des âges de l’humanité, ont été données des diverses régions de l’au-delà, et qui se situe­raient cette fois, à des niveaux radicalement séparés de notre monde, formant un ensemble de paliers, de cercles hiérarchisés. Nous retrouverions alors les tradi­tions religieuses classiques sur les plans hiérarchisés de l’enfer, du purgatoire, ou au contraire du paradis (les régions célestes où vivent les élus). Nous nous abstiendrons certes de retrouver ici le domaine des controverses théologiques à leur sujet. Elles sont du ressort des éventuelles convictions de chacun. Contentons-nous de faire remarquer que de telles régions devraient très certainement être envisagées comme des états vécus par les consciences désincarnées et non comme des régions géographiques précises auxquelles les vivants pourraient accéder, même matériellement. Et malgré (exemple significatif) les tenaces .croyances populaires qui situent l’enfer au centre de notre globe terrestre, c’est sans nul doute là aussi l’analogie avec les expériences vécues en rêve, qui serait susceptible d’ex­pliquer tant de descriptions concrètes et précises : au cours des expériences oni­riques, les caractéristiques du lieu où se trouve placée une âme désincarnée ne se trouveraient-elles pas édifiées, mises en place par la conscience même du désin­carné ?

LES LOIS DE LA MAGIE

Nous avons fait remarquer précédemment que, contrairement à l’idée populaire suivant laquelle le praticien du merveilleux serait à même de tout réaliser à sa guise (par exemple changer une citrouille en carrosse, transformer un homme en souris) les actions magiques obéissent à des lois précises qu’il s’agit de savoir mettre en jeu. A cet égard, la magie apparaît bel et bien, dans ses diverses branches et applications, comme une technique.

Le magicien utilisera toujours des lois, des principes bien précis qui, bien que dépassant le niveau des constatations sensibles de notre expérience quotidienne, ne sont pas du tout arbitraires mais obéissent toujours à un déterminisme précis; sans quoi l’échec serait fatal.

L’action magique obéira ainsi aux grandes lois occultes traditionnelles ; celle d’analogie tout d’abord, permettant l’action désirée par l’intervention sur quelque chose de semblable, celle aussi de la possibilité d’agir sur le tout en agissant sur une des parties composante de celui-ci (c’est typique dans le mode d’action des envoûtements), celle enfin de la mise en action par les rites des structures symboliques.

Il ne faudrait pas oublier de faire entrer aussi en ligne de compte des méca­nismes qui semblent étranges, voire absurdes vis-à-vis du rationalisme scientifique, mais qui n’en sont pas moins réels et expérimentalement vérifiables. C’est le cas pour l’influence indéniable de certains tracés géométriques (linéaires ou angu­laires). Y aurait-il donc réel impact de ce que les radiesthésistes ont appelé ondes de forme ?

Il en existe un exemple qui, à notre avis, en apporte probante confirmation : les “pouvoirs” particuliers qui semblent irradier à l’intérieur d’une structure pyramidale. Il y a l’exemple bien connu, facilement vérifiable par tous (on en trouve même à monter soi-même dans les boutiques spécialisées de 1’occulte et dans les librairies ésotériques) des petites pyramides en bois ou en carton. On remar­quera qu’au bout de quelques jours, le témoin organique qu’on y avait déposé (une fleur, un petit poisson, un morceau de viande) aura été desséché pour se trouver finalement momifié, au lieu de se corrompre. Chose plus étrange encore, il semble que ces pyramides en miniature aient aussi la propriété de pouvoir régénérer le tranchant d’une lame de rasoir que l’on aura également placée bien dans l’axe verti­cal de la cavité.

Evidemment, il ne faudrait pas croire que tout soit possible par ce biais. Nous avons entendu raconter qu’en plaçant un billet de banque bien au centre de la base d’une petite pyramide, naîtrait non pas une multiplication subite de la dite image, mais l’éveil d’un concours de “coïncidences” suscitant alors toute une série de rentrées financières imprévues ! A supposer que cela se constatât expressément, le mécanisme en cause s’expliquerait peut-être par la puissance de visualisation du sujet.

Le rationaliste n’aura pas manqué de hausser les épaules au simple énoncé des vertus “magiques” de la pyramide! Pourtant, le phénomène de momification ne se trouve pas attesté qu’au niveau miniaturisé. On l’a bel et bien constaté à grande échelle. En effet, on trouve périodiquement dans les salles et couloirs intérieurs de la grande pyramide de Chéops, des cadavres de petits animaux (souris, rats, etc.) ayant pénétré subrepticement dans l’édifice au moment de son ouverture mais qui, pris au piège, y périssent de faim. Or leurs corps ne sont jamais décom­posés : ils se momifient. Certes, on pourrait objecter qu’il s’agit d’un simple phénomène de dessiccation, causé par la sécheresse exceptionnelle d’une atmosphère confinée. Pourtant, l’interrogation demeure…

LES PANTACLES

L’existence des ondes de forme liées à certaines structures géomé­triques rendraient compte, du moins pourrait-on le penser, de l’efficacité des pantacles, c’est-à-dire des talismans au tracé géométrique bien précis (une étoile à cinq ou six branches, un pentagone, etc.). Il est vrai que deux élucidations complémentaires seraient à envisager. D’une part, le fait que, pour se montrer efficace, un talisman doit avoir été chargé (comme on dit) par l’accomplissement d’un rituel spécial; sans quoi, il ne serait pas plus efficace (excusons-nous de ce petit parallèle sacrilège) qu’une médaille pieuse non bénie.

Mais d’autre part, il ne faudrait pas manquer de songer au rôle éventuel -et pouvant être capital- de l’auto-suggestion. N’oublions pas que l’imagination (et plus spécialement, l’aptitude à visualiser) possède une singulière efficacité mentale sur celui qui en fait un réel usage. Et c’est justement cela qui expliquerait les cas (indéniables) où un talisman non chargé -voire même une simple breloque “porte-bonheur” vendue par d’habiles commerçants- se trouvera doté, apparemment., d’une réelle efficacité pour son détenteur.

LA VISUALISATION

Revenons un peu sur la visualisation. Il semble indéniable que ce processus peut faire merveille, dès lors qu’il est convenablement réalisé. Ce qui sera bien loin d’être toujours facile. D’une part, la visualisation du résultat à obtenir devra être parfaite. D’autre part, il faudra réaliser l’apparent exploit chez le magicien d’éviter d’être captif de ses émotions, encore moins d’une attitude personnelle déchaînée. La réussite s’obtiendra si l’on atteint le détachement nécessaire -lequel (contrairement à ce qu’on pourrait penser) ne sera pas du tout, bien au contraire, l’indifférence. Cela semble l’énoncé d’une contradiction insurmontable, et ce n’en est pourtant pas le cas. Je crois qu’un exemple frappant vous permettrait de saisir ce qui est ici en cause : celui du chirurgien, tout à une intervention délicate. Evidemment, il n’atteindrait pas la dite concentration s’il se trouvait sous l’emprise furieuse de ses pulsions affectives, même (précisons-le bien) d’une nature supérieure, voire très élevée. Immanquablement, l’émotion ferait obstacle à la sûreté de sa main. Mais, d’autre part, il ferait un bien mauvais travail s’il devenait indifférent à ce qu’il voit, alors que sa tâche requiert une attention intense. Peut-être aurez-vous compris cette différence -point capital en fait- entre le détachement affectif et l’indif­férence.

Il faudrait rappeler aussi que les méthodes visant à une réalisation “magique” d’un désir s’accordent toutes à distinguer, dans la mise en oeuvre du processus, deux phases successives. Tout d’abord, une visualisation minutieuse du résultat à obtenir, et s’accompagnant (mais sans qu’il y ait chute dans une attitude émotive, et encore moins passionnelle : 1’idéal serait d’atteindre un réel détachement affec­tif, gage immanquablement d’efficacité) d’une concentration maximale sur le dit but.

Ensuite, une phase passive, où cessant de se concentrer sur le résultat, on laissera s’accomplir la loi cosmique pour que se réalise le souhait préalablement “lancé”. L’éventuel succès sera presque toujours à ce prix.

Pentagram on fire on an abstract red background

Pentagram on fire on an abstract red background

Related posts

LES SCIENCES-OCCULTES

par Mr Serge Hutin président d’honneur d’Alpha International OCCULTISME ET « SCIENCES OCCULTES »...

11 comments

Leave a Comment

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.




Top