LES SCIENCES-OCCULTES

par Mr Serge Hutin président d’honneur d’Alpha International

SciencesOccultes1OCCULTISME ET « SCIENCES OCCULTES »

Le mot occultisme est devenu d’usage courant dans les milieux cultivés comme dans la masse du grand public.

Il s’agit pourtant d’un vocable qui a derrière lui moins de 150 années. Le premier (son créateur en fait) à l’employer fut un “mage” ayant eu son heure de gloire dans le Paris des années du milieu du siècle dernier: celui qui de sa véritable identité d’état civil s’appelait Louis Constant, et s’était fait connaître sous le double patronyme hébraïsant Eliphas Lévi.

Par la suite, au cours de ce qu’il est convenu trop facilement d’appeler “la Belle Époque” (la fin du siècle dernier et le début du notre, jusqu’au seuil fatidique que sera le déclenchement en 1914 de la première guerre mondiale) le terme se trouvera popularisé grâce à une prestigieuse célébrité française de l’occultisme: notre frère le docteur Gérard Encausse, plus connu sous le pseudo­nyme de Papus, sous lequel il signera ses si nombreux ouvrages.

Qu’est-ce donc que l’occultisme ? C’est assurément, et par définition même, un territoire sur lequel règne le secret: celui-ci, volontaire, y joue un rôle essentiel. Occultisme vient du latin occultus qui signifie précisément “caché”. L’occultisme serait donc un vaste ensemble de connaissances secrètes, soigneu­sement dissimulées au vulgaire.

Pourtant, si ce même terme d’occultisme n’apparaît donc en France qu’au milieu du 19ème siècle, les réalités incluses sous son étiquette prestigieuse, n’étaient pourtant pas des nouveautés. Il faudrait remonter extrêmement loin dans le passé de l’humanité, pour tenter (si tant est que cela puisse se faire) de découvrir les racines profondes des sciences occultes.

Les sciences occultes ont des ramifications diverses et multiples, et ses branches variées sont issues d’un probable fond ancestral: le psychisme humain. Cet ensemble groupant les branches de l’arbre, constitue donc les sciences occul­tes (scientia occulta) où par définition même règne le secret.

Dans le langage courant, les phénomènes que l’on qualifie d’occultes, s’iden­tifient d’une manière pure et simple, à des faits mystérieux, ceux qui échappent aux explications rationnelles que la science positive s’efforce de donner du Réel. L’occultisme s’identifierait-il donc au fait de croire en l’origine inex­plicable, de multiples phénomènes et manifestations ?

Un petit livre de Marcel Boll, cet éminent porte-parole du rationalisme militant, aura, à la fin des années 30, son heure de gloire: L’Occultisme devant la Science, ce pamphlet acerbe, développait dans la ligne d’une véritable croisade contre 1’irrationnel, cette dénonciation fondamentale :
L’attitude caractéristique de l’occultisme consisterait justement à croire ainsi en l’existence effective de phénomènes mystérieux, étranges, fantastiques, échappant donc aux lois positives de la réalité, telles que la science se trouve pourtant à même des les établir. L’occultisme, ce ne serait qu’un inventaire systé­matique des faits illusoires constituant le domaine de la magie, ancestrale, vieille comme la nuit des temps.

Mais qu’est-ce donc que cette Magie ? Aux yeux de l’attitude rationaliste, celle suivant laquelle la réalité obéit toujours à des lois précises et cohé­rentes, la magie serait donc le fantastique, où tout se révélerait possible, qu’on le subisse de la part de mystérieuses puissances étrangères au réel, ou à l’opposé que les magiciens prétendent se jouer impunément des lois de la réalité et obtenir n’importe quoi en obéissance à leur seule volonté.

Pourtant, l’attitude magique consiste-t-elle vraiment à croire que n’importe quoi puisse arriver ou que le magicien s’avère capable de réaliser tous ses désirs? Certes, la bonne fée de Cendrillon transforme une citrouille en carrosse. Mais la magie véritable et traditionnelle, telle qu’on la rencontre partout et toujours, dans les tribus les plus primitives comme dans notre civilisation, se présente-t-elle comme un art qui permettrait d’obtenir n’importe quoi? Abso­lument pas, et cela contrairement à l’idée courante. Les pratiques magiques ne permettent pas de tout réaliser sans limites. Le magicien se trouve immanqua­blement confronté à son seuil d’impossibilité. Il ne peut se vanter de changer une citrouille en carrosse. Autrement dit, il se trouverait alors acculé à son seuil d’impossibilité pratique. Transformer une citrouille en carrosse lui serait impossible! En revanche, il s’avérerait possible au magicien, d’agir sur le psy­chisme d’un ou plusieurs sujets, pour persuader ceux-ci de la réalité d’un phéno­mène fantastique, alors que ce ne serait pas du tout le cas objectivement parlant, c’est à dire sur le plan de la réalité matériellement constatable.

Cela nous amènerait sans doute à évoquer ici ce fameux tour de la corde hindoue. Des témoins, parfois nombreux, affirment en toute bonne foi, avoir vu devant leurs yeux la corde se dérouler, puis devenir rectiligne, monter, en appa­rente obéissance à la petite flûte ou à l’incantation du fakir. Pourtant, les clichés honnêtement pris de la scène, montrent toujours la corde à terre,demeu­rant immobile tout au long de l’expérience. Conclusion: le phénomène ne s’était pas réalisé sur le plan objectif. La seule force de volonté du fakir avait obligé le psychisme des spectateurs à voir le prodige se produire. Mais le fantastique n’existait pas d’une manière objective. Sa réalité demeurait toute mentale, dans l’imagination des spectateurs hypnotisés.

LE FANTASTIQUE

La notion même maintenant de fantastique devrait se trouver alors précisée. Quand donc surgit-elle dans le mental ?

Lorsque s’établit une dissonance, elle pourra être soudaine ou progressive , franche ou insidieuse, par rapport aux lois si rigides qui régissent notre percep­tion de la réalité quotidienne. C’est cette composante qui sera la marque même du fantastique.

Un célèbre écrivain anglais contemporain, D.Wheatley, utilisait un exemple frappant dans le registre soudaineté, pour mieux nous faire saisir dans l’attitude fantastique, cette dissonance par rapport à la réalité perceptive normale : Ima­ginons que je travaille tard à mon bureau, la fenêtre fermée. J’entends un bruit soudain: un homme menaçant armé d’un poignard, cherche à ouvrir ma fenêtre pour faire irruption dans la pièce. J’ai peur, mais la source de mon épouvante est tout à fait normale et compréhensible. Elle correspond à un schéma bien connu. Mais imaginons maintenant un autre scénario: Travaillant le soir tard à mon bureau j’entends donc un bruit. Je me retourne mais je vois alors qui cherche à ouvrir ma fenêtre, non pas l’individu armé d’un grand couteau, mais une main humaine coupée qui manie un poignard, se déplaçant toute seule dans l’espace. J’ai très peur, mais ma terreur se colore instantanément d’une composante imaginative supplémentaire. Il se produit quelque chose d’inconcevable, d’inexplicable.

Il nous faudrait établir aussi une diversification entre le fantastique qui met en jeu des entités surnaturelles (intervention dans notre monde d’anges, de démons, d’esprits, de spectres) et celui qui puiserait sa source dans une plongée intérieure dans notre subconscient. Les limites, les diversifications possibles entre ces deux expériences, pourront parfois, notons-le, se trouver bien difficiles à être tranchées d’une manière claire et précise.

On devrait faire intervenir aussi une catégorie disons marginale du fantas­tique: l’insolite. Celui-ci pourra crever les yeux, comme dans la définition que reprendront les surréalistes: deux objets apparemment incongrus, sur une table d’opération. Mais il pourra y avoir aussi gradation subtile, basculement insidieux dans notre réaction à une situation objective perçue comme insolite.

En vérité, la notion de fantastique semblerait recouper aussi le champ d’étude de la parapsychologie, c’est à dire celui de la recherche scientifique sur les phénomènes réputés paranormaux. Pourtant, l’attitude scientifique en pareils cas, se révélerait le contraire de celle de notre conscience du fantas­tique: si certains phénomènes nous semblent assurément bien étranges, n’ont-ils pas une explication normale, parfaitement positive? A charge pour nous de savoir la découvrir.

Il est évident que toute attitude mentale faisant voir le fantastique à la conscience, équivaut à une projection imaginative sur des réalités environ­nantes: un paysage naturel, des formations géologiques, ne seront “fantastiques” qu’au regard de l’observateur et non dans la nature où tout manifeste l’expression de lois précises où rien n’est hasard.

On doit à Mark TWAIN, ce grand et profond humoriste, cette amusante formule: “Le civilisé est un homme préhistorique qui a mis un veston.” Il est parfaitement exact que les habitudes (pas seulement vestimentaires) qui se sont développées au fil des âges chez l’homme civilisé, n’empêcheront nullement la persistance chez lui des couches ancestrales du psychisme de l’espèce. Les mentalités, les attitudes dites “prélogiques”, persistent bel et bien toujours, quel que puisse être le développement matériel de la civilisation.

On juge diamétralement opposées, s’excluant l’une l’autre, les deux struc­tures mentales: celle du primitif et celle du civilisé. Alors que si le statut de civilisé est un fait, c’est une construction qui ne s’avère pas forcément solide. Qui plus est, il serait tout à fait faux de penser que les niveaux des instinct primitifs, tout pénétrés d’archaïsme animal, si volontiers associés à la mentalité dite primitive aient disparu, après l’édification dans le psychisme de l’homme, des comportements acquis plus complexes. Un rien suffira pour les faire basculer, s’écrouler, chez l’individu comme dans les groupes.

Où se trouveraient d’ailleurs les limites pouvant être tracées, pour diffé­rencier les comportements humains dits “primitifs” de ceux que l’on juge “civi­lisés”? Où se trouverait donc cette frontière à partir de laquelle se rangeraient “primitivité” d’une part, civilisation de l’autre?

Aux yeux du rationalisme militant, l’accession de l’homme à l’instruc­tion et à la civilisation matérielle, se traduirait par un déclin progressif de la croyance en la possibilité d’actions magiques ou de prédire l’avenir. En fait, il n’en fut rien. Si la forêt vierge et la brousse ont gardé leurs sor­ciers, les cités les plus modernes possèdent leur mages et leurs voyantes de toutes sortes. Contrairement à l’opinion si volontiers admise par le rationalisme, cette clientèle citadine de l’irrationnel ne se recrute pas seulement dans la masse des êtres crédules, dépourvus de toute culture. Des personnes ayant fait des études supérieures, y compris les sujets possédant des qualifications scien­tifiques de très haut niveau, ont volontiers recours à eux.

L’ESOTERISME

Il est un autre vocable, fréquemment employé aujourd’hui: le mot ésotérisme. Quel domaine, quelles réalités humaines recouvre-t-il ? Etymologiquement l’occultisme a le sens de  faire surgir des choses ca­chées. L’ésotérisme est une notion tout à fait voisine qui introduit celle de secret. L’adjectif ésotérique vient en effet d’un vocable grec qui signifie: réser­vé, secret. Les philosophes grecs comme Pythagore, Platon ou Aristote, n’eurent-ils pas leur enseignement ésotérique, dispensés aux seuls étudiants choisis, estimés dignes de le recevoir ?

Pourtant, dans le vocabulaire, les mots ésotérisme et occultisme ne devraient pas être confondus. Il s’agit entre ces deux modes d’accès à la Connaissance, de bien plus qu’une simple question de nuance verbale. Cette différence, comment la concevoir ?

L’auteur qui a le mieux précisé la véritable nature de 1’ésotérisme, qui l’ait analysé avec une extrême précision, c’est le grand philosophe français René Guenon (mort en 1951 au Caire, où il s’était retiré depuis sa conversion à 1’Islam). De nombreux disciples se sont réclamés et se réclament toujours de lui.

Par rapport à l’occultisme, qui se voudrait résolument “laïque”, indépendant de toute perspective religieuse, l’ésotérisme se caractérise tout au contraire selon Guenon, par son double caractère: sacré et traditionnel. Il s’est toujours trouvé associé à l’une des voies spirituelles, des religions successives qui se sont offertes aux hommes au fil des âges. Dans la perspective guénonienne, il s’avère totalement arbitraire comme le font les occultistes, de séparer le noyau ésotérique d’une tradition donnée, de l’enveloppe religieuse au sein de laquelle telle ou telle forme ésotérique s’est développée. Certes, toutes les perspectives ésotériques se rejoindraient en fin de compte. Tous les chemins finissent par se retrouver au sommet de la montagne: voici une fort belle image traditionnelle qui permet de saisir l’unité fondamentale des traditions sacrées, qui reflètent toutes la tradition primordiale.

Voici une autre image traditionnelle: la tradition unique est comparée à un splendide diamant qui demeure unique dans l’irradiante diversité de ses multi­ples facettes (les différentes traditions).

Autre image encore, tout aussi significative pour l’imagination: celle de la roue gigantesque en mouvement. Quel que soit le point de sa circonférence par lequel on tenterait d’y pénétrer, on finira en fin de compte par atteindre le noyau immobile de la roue, représentant l’unité fondamentale des grandes tradi­tions, quelles que puissent être les innombrables apparences, les manifestations si multiples de celle-ci. Dans cette image traditionnelle de “la roue”, on voit que l’on ne peut atteindre le centre qu’en prenant un rayon verticalement. Tout amalgame horizontal fait entre les diverses traditions, constitue par contre un syncrétisme tout extérieur et sans cohérence interne. C’est précisément l’une des erreurs foncières du monde moderne aux yeux des perspectives guénoniennes.

L’ésotérisme, tel que le conçoit René Guenon, se démarquerait aussi de l’occultisme de l’époque contemporaine, par le refus de toute recherche systéma­tique des pouvoirs paranormaux. Dans l’optique guénonienne, l’apparition d’états ou de pouvoirs “extraordinaires” (pour user du langage familier) ne doit pas être recherché pour elle-même : leur apparition spontanée à certaines étapes de la quête spirituelle, ne fait que jalonner de signes révélateurs, le travail sacré accompli par l’initié.

Il convenait de rappeler cette distinction entre l’authentique ésotérisme traditionnel et l’occultisme; et bien que les domaines secrets qu’ils supposent puissent être les mêmes. Notre présente étude se veut elle, strictement objec­tive, pleinement respectueuse du point de vue traditionnel, mais sans claquer la porte pour autant aux légitimes curiosités de l’adepte, nécessairement asso­ciées à l’univers du sacré.

L’OCCULTISME ET LA SCIENCE

Nous vous avons parlé précédemment de l’attitude de pensée qui au nom de “l’esprit scientifique” nie toute réalité effec­tive aux phénomènes étranges associés à 1’occultisme. Celle de l’existence dans le monde extérieur comme chez les humains, de faits “fantas­tiques”, “merveilleux”, “magiques” etc., qui semblent bafouer la raison. Admettre la réalité même de tels phénomènes constitue, aux yeux du rationalisme, une absur­dité sans nom: II existe bien des faits (prenons les rêves par exemple) qui sont d’allure étrange certes, mais leur “étrangeté” toute subjective réside dans la réaction intérieure du sujet qui les perçoit. En réalité, il s’agit bel et bien de phénomènes tout à fait naturels, n’ayant rien de mystérieux par nature.

Quant à 1’existence franche et déclarée de phénomènes contraires aux lois du déterminisme scientifique, elle s’avère impossible par nature, quelles que puis­sent être la bonne foi et le nombre de témoignages invoqués. Quelque chose de scientifiquement impossible serait par nature inexistant et il se révélerait fonciè­rement absurde de prétendre s’abaisser à leur éventuelle vérification.

Le rationaliste invoquera volontiers l’exemple du grand philosophe Spinoza qui, alors que tout Amsterdam se ruait pour aller voir quelque chose de prodi­gieux: un bébé né avec une dent en or, refusa de se déranger, puisqu’il ne pouvait s’agir (déclara-t-il à ses amis) que d’une simple apparence trompeuse ou d’une mystification.

Un éminent porte-parole de l’Union Rationaliste, le mathématicien François Le Lionnais, prendra une attitude analogue lors d’une interview au début des années 60 par le Journal des Forces Armées au sujet du problème posé par les témoi­gnages d’apparitions de “soucoupes volantes” (les O.V.N.I). Il répondit à l’en­quêteur que si on lui déclarait qu’un Martien venait d’atterrir en soucoupe volante dans son jardin, il ne se dérangerait même pas pour aller se rendre compte de la réalité éventuelle du phénomène: un fait scientifiquement impossible ne pouvant pas exister. Si donc une mystification n’était pas en cause, il ne pouvait s’agir que d’une hallucination.
Aujourd’hui encore, les perspectives rationalistes demeurent très fortes, en France tout spécialement. Un savant universitaire admettant la réalité des phénomènes paranormaux risquerait dans notre pays, sinon de graves ennuis de carrière, tout au moins de mordantes moqueries de la part de ses pairs.

Aux rationalistes convaincus, qui font remarquer la nécessité afin d’éviter toute erreur, de préserver à tout prix les barrières de principe dressées devant 1’admission des phénomènes “paranormaux”, nous n’hésiterons pas à faire remarquer que les dites “barrières protectrices” pourraient au contraire se révéler parfois castratrices pour la science. Et nous ne pourrions résister à l’envie d’évoquer ici la mésaventure vécue par celui qui fut pourtant l’un des plus grands savants de la fin du 18ème siècle: j’ai nommé Lavoisier. Ayant pris connaissance d’un rapport qu’avait envoyé à l’Académie des Sciences, un brave curé de campagne sur les météorites tombées du ciel sous ses yeux, il avait conclu devant ses collègues que c’était sans intérêt, puisque n’est-ce pas, les pierres ne peuvent pas tomber du ciel! C’était apparemment la logique scientifique même, et pourtant 1’astronomie devait finalement se trouver obligée quelques années plus tard, de reconnaître la réalité d’une origine céleste des météorites.

A l’opposé du point de vue rationaliste étroit, il est pourtant une autre attitude possible au savant: Confronté à un phénomène bien établi, qui semble bouleverser les lois de la réalité matérielle, il refusera d’en nier par principe la possibilité, mais il s’efforcera tout au contraire d’expliquer le dit phénomène d’une manière scientifiquement admissible, sans faire appel à des interventions surnaturelles.

Il existe de tels phénomènes paranormaux, c’est à dire des faits qui semblent échapper aux lois connues du déterminisme. Prouvent-ils pour autant que le monde où nous vivons comporte dans le jeu des phénomènes constatables, un facteur d’ab­surde, d’inexplicable? Le savant ouvert à l’étude scientifique de l’étrange recon­naîtra qu’il s’agit pour longtemps encore, de phénomènes franchement paradoxaux par rapport aux faits désormais incorporés dans l’édifice de la science positive.

Ces chercheurs s’efforcent pourtant de découvrir l’explication scientifique des faits étranges ou déconcertants; mais en gardant toujours à l’horizon l’espoir de faire rentrer peu à peu les dits phénomènes dans l’édifice du savoir scienti­fique codifié; de les faire donc passer de la marge à la frontière de la science.

L’étude expérimentale des phénomènes paranormaux, c’est la parapsychologie, pour user de ce mot, plus récent que métapsychique, qui était l’ancien vocable utilisé. En U.R.S.S., on utilise volontiers un mot différent: psychotronique, car les chercheurs de cette nation, aspirent encore à faire insérer leurs décou­vertes dans le cadre philosophique du matérialisme dialectique. On pourrait il est vrai se demander, si tout phénomène paranormal est toujours nécessairement psychique par nature, et s’il ne faudrait pas envisager une paraphysique à côté de la parapsychologie proprement dite. Mais où placer la démarcation, la frontière exacte entre ce qui serait “physique” et “le psychique”.

Revenons à “l’occulte”. Dans cette perspective, nous avions vu que la notion de lois régissant les dits phénomènes supposaient donc un déterminisme réel. La magie elle-même se présente comme un technique dotée de ses lois précises, indispensables à ses praticiens , pour réussir à produire tel ou tel résultat précis. Dans l’univers tel que la perspective magique le conçoit, il est faux que n’importe quel phénomène puisse y être obtenu, que n’importe qui puisse de la sorte réaliser n’importe quoi.
Il est vrai que, pour faire un parallèle, la perspective théologique elle aussi n’admet pas que n’importe quoi puisse être produit par les puissances surna­turelles. Le miracle lui-même exprimera certes la toute puissance de Dieu, mais ne se réalisera que par l’intermédiaire des lois qui régissent le monde physique dans lequel nous vivons. Autrement, ce serait admettre que les lois établies par le plan divin puissent être bouleversées par leur propre Créateur. D’où les limites que rencontre le miracle lui-même: on ne pourra jamais voir à Lourdes ou dans un autre lieu, repousser le membre manquant d’un unijambiste! Le crabe lui, peut perdre impunément une patte; elle repousse toujours, et sans le moindre miracle, car le phénomène ne va pas à 1’encontre des lois biologiques auxquelles sont soumis les crustacés. Mais aucun corps de mammifère, y compris celui de l’homme, ne se trouve doté de ce pouvoir de régénération.

Dans l’optique populaire courante, comme dans la perspective théologique traditionnelle, l’occulte se trouvera volontiers associé à quelque chose d’illi­cite et mauvais en nature. En un mot: de diabolique. Qu’en penser ?

Nous allons évoquer bientôt ce vieux et grave problème. Mais pour clore cette partie, il ne serait peut-être pas inutile de revenir à l’irritante question de 1’impossibilité de principe invoquée à 1’égard de certains faits. Aussi para­doxal que cela puisse sembler, une réalisation matérielle pourrait fort bien se révéler, tout à la fois possible dans une échelle de temps limitée, et impos­sible en se reportant aux lois inflexibles qui régissent notre univers matériel.

C’est le cas pour le problème du mouvement perpétuel. Sa réalisation sur le plan physique serait vouée à l’impossibilité: nul objet, nul état matériel de ce monde physique, ne peuvent devenir éternels. Tout objet, tout état, rencon­trent tôt ou tard leur déclin et leur fin, y compris au niveau astronomique. On débouche infailliblement sur cette loi générale de la physique: celle de l’entropie. Celle loi est illustrée au niveau familier par le fait que l’eau chaude une fois refroidie, ne peut redevenir chaude sans nouvelle intervention extérieure.

Il n’empêche, qu’au niveau immédiat, on peut fort bien réaliser des approxi­mations du mouvement perpétuel. Nous pensons à cette amusante fontaine aménagée à l’intérieur de la galerie commerciale du Rond-point des Champs-Élysées: Un ingénieux dispositif de bascule fait tomber une grosse bille métallique sur un mécanisme qui actionne un soufflet, lequel donne l’énergie élevant des cruches d’eau qui se vident, le mouvement du liquide versé déclenchant à son tour la remontée de la bille. Le cycle se reproduit sans cesse. Il serait perpétuel si l’usure des corps matériels n’existait pas.

Il est un autre cas célèbre d’impossibilité de principe: la quadrature du cercle. Ce vieux problème mathématique, classique dans la géométrie sacrée des anciens, est celui-ci : Obtenir un cercle dont la surface serait parfaitement égale à celle d’un carré donné. Le mathématicien français Hermite, démontra au siècle dernier, que la résolution du problème était impossible si l’on utilise la règle et le compas. Car, en faisant intervenir des méthodes auxiliaires, la quadrature du cercle devient alors réalisable, comme le savaient fort bien les grands architectes de l’antiquité, ainsi que les francs-maçons au moyen-âge.

Autre vieux problème où l’impossibilité se révèle en fait pure convention mathématique : celui de la trisection de l’angle. Celle-ci se trouve effectivement irréalisable par les seuls équerre et compas. Impossibilité conventionnelle donc, la géométrie classique ne mettant en œuvre que ces deux instruments, mais point du tout irréalisable. On peut fort bien s’en rendre compte d’une manière fort simple : avec un rapporteur on divise un angle en trois secteurs.

SciencesOccultes2PRÉSENCES SATANIQUES ?

Devant l’irruption de l’extraordinaire, une attitude séculaire consistait à ranger naguère de tels faits (à l’exception des mira­cles sacrés), dans le copieux éventail des phénomènes attribués aux forces démoniaques. La dite explication surnaturelle ne se limitait pas du tout aux seuls phénomènes répertoriés en sorcellerie et magie noire, mais incluait nombre de faits n’ayant pas du tout cette aura démoniaque.

C’est ainsi qu’au siècle dernier connaîtra une certaine fortune, l’expli­cation pure et simple des phénomènes spirites par de telles interventions démo­niaques. Selon la dite hypothèse, ce ne serait donc pas les esprits des morts qui chercheraient ainsi à communiquer avec nous autres vivants, mais les anges déchus, s’amusant avec malice à nous, à transmettre des fausses croyances, afin de nous détourner de la vraie religion.

Cette thèse n’a nullement disparu aujourd’hui. On voit même ses tenants l’invoquer pour rendre compte du flot de prodiges et merveilles (trompeurs évi­demment) que connaît l’époque où nous vivons. Cette vague n’avait-elle pas bel et bien été annoncée dans le Nouveau Testament ? La seconde lettre de Paul aux Thessaloniciens annonçait pour la fin des temps toutes sortes de miracles, de signes, et de prodiges mensongers, avec toutes les séductions de l’iniquité. Dans les milieux intégristes catholiques, sévit encore cette idée d’une gigan­tesque parodie, que dirigeraient les légions ténébreuses du Prince des ténèbres, vrai chef d’orchestre invisible de l’offensive.

Si donc on leur attribuait autrefois les tables tournantes et les autres phénomènes spirites, aujourd’hui ce sont les O.V.N.I (Objets Volants Non Identi­fiés), les fameuses “soucoupes volantes” qui constitueraient la pièce maîtresse dans le fabuleux édifice des tromperies spectaculaires, destinées à détourner la pauvre humanité du droit chemin. C’est en tout cas, ce que n’hésite pas à proclamer la commission d’études Ouranos, dans ses cahiers trimestriels Inter Communications, comme dans les livres écrits par ses membres.

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