Lettre du Grand Maître

La franc-maçonnerie est une doctrine ésotérique symbolique qui a pour but, à partir de la pierre brute (l’homme non-initié) d’aboutir à une pierre travaillée (symbole du perfectionnement intérieur). Pour obtenir cette transformation elle va utiliser le rituel, et l’enseignement de connaissances secrètes.

Toutefois, le domaine de la Connaissance, dans le sens initiatique du terme, n’est pas de ce monde. Non, il ne fait pas partie du monde des hommes. Vous ne trouverez pas la Connaissance dans un Ordre Initiatique (même s’il est authentique, même si c’est l’Ordre Maçonnique Hermétique) mais en vous-même ! Un Ordre Initiatique peut vous donner simplement des outils pour vous permettre de travailler à votre perfectionnement.

Il ne faut donc pas se tromper d’objectif. Chacun récolte en maçonnerie ce qu’il y sème. Ceux qui ont pour but d’accumuler les grades, de collectionner les filiations, les beaux décors, les médailles et les honneurs y parviendront sûrement. Ceux qui recherchent des relations pour une promotion sociale trouveront aussi des loges pour cela. Mais est-ce vraiment cela l’Initiation ? Lorsque viendra le moment de la conclusion de leur vie, ils risquent d’aboutir au constat qu’ils sont passés à côté de l’essentiel !

La franc-maçonnerie réserve ainsi des pièges pour égarer celui qui n’est pas digne de recevoir la Connaissance.

Un autre piège consiste à donner aux symboles une interprétation dogmatique et figée ou d’en rester à l’explication simpliste que l’on trouve dans les livres sur les symboles. Mais un symbole n’est pas fait pour être abordé avec le mental mais pour être ressenti intérieurement. Voilà pourquoi la pratique qui consiste à parler exclusivement de la symbolique lors des tenues n’est pas bonne. Un symbole n’est pas fait pour être abordé par le mental mais pour être ressenti intérieurement.

Voyons ce qu’écrit à ce propos le frère Albert Pike, ancien président du Suprême Conseil du Rite Ecossais aux Etats-Unis :

« Comme toutes les Religions, tous les Mystères, l’Hermétisme et l’Alchimie, la Franc-Maçonnerie ne révèle ses secrets à personne, sinon aux Adeptes, aux Sages et aux Elus. Elle a recours à de fausses explications pour interpréter ses symboles, pour induire en erreur ceux qui méritent d’être induits en erreur, pour leur cacher la Vérité, qu’elle appelle la lumière, et les en écarter.”
(Morales et Dogme, pages 104-105, 3e degré).

« Une partie des symboles sont divulgués à l’initié mais, ce dernier est intentionnellement induit en erreur. On ne veut pas qu’il les comprenne. Leur vraie explication est réservée aux érudits, aux princes de la maçonnerie »

« La Franc-Maçonnerie cache jalousement ses secrets, et induit intentionnellement en erreur ses interprètes prétentieux. » (Ibid., page 105).

« Les symboles et cérémonies de la Maçonnerie… cachent la Vérité plutôt qu’ils ne la dévoilent, ou tout au moins ils se bornent à y faire allusion… »

Pike. Morales et Dogme

« Un esprit qui aime la sagesse et qui contemple de près la Vérité, est forcé de la déguiser, afin d’induire les multitudes à l’accepter… Les fictions sont nécessaires pour le peuple, et la Vérité devient mortelle pour ceux qui ne sont pas assez forts pour la contempler dans tout son éclat. » (Ibid., page 103, 3e degré).

Un autre piège est constitué par le Rituel lui-même.

Le Rituel est bien sûr un élément fondamental sans lequel nos travaux seraient semblables à des réunions profanes. Le Rituel sacralise , il ouvre et ferme l’espace et le temps sacrés et permet au franc-maçon de passer du monde profane au domaine du sacré. A l’intérieur de cet espace-temps chaque geste, chaque mot est symbolique et renvoie à une autre réalité, présente sur un autre plan.

Nous devons donc aborder le Rituel en dirigeant notre attention vers le haut, c’est-à-dire vers les choses spirituelles. Sinon, si nous participons au Rituel en profane, si nous restons dans l’horizontalité, le Rituel peut devenir alors un piège redoutable :

Tombe dans ce piège celui qui accomplit les Rituels maçonniques, mécaniquement, avec une pensée totalement absente. Dans ce cas, son cerveau passe en mode « reptilien ». Or, le cerveau reptilien est stupide, lâche, violent, au fond mauvais et égoïste et il adore les rituels.

Voyons ce que cela signifie exactement :

Il y a quelque deux cents millions d’années la vie au cours de son évolution a donné naissance au cerveau des reptiles. Cette structure est toujours présente dans le cerveau humain dont elle constitue l’acquisition la plus ancienne.

Ce cerveau primitif permet à l’animal qui le possède des comportements stéréotypés programmés par les apprentissages ancestraux. Il paraît dominer les fonctions instinctives telles que l’établissement du territoire, la chasse, le rut et l’accouplement, l’établissement des hiérarchies sociales, la sélection des chefs.

L’obéissance à ce cerveau primitif est parfaitement illustrée par le comportement de la tortue qui retourne toujours à la même place chaque année pour y déposer ses oeufs. C’est un instrument parfaitement inadapté à l’apprentissage d’un comportement différent à l’égard d’une situation nouvelle et inopinée.

Il est cependant important de savoir que le cerveau perfectionné de l’Homme s’est bâti sur ces fondations et de comprendre aussi la part prise par le cerveau reptilien dans le comportement humain d’obéissance aux rites cérémoniaux, aux lois, aux opinions politiques, aux préjugés et au conformisme d’une époque. Le chien, bien que mammifère, lorsqu’il urine sur un réverbère pour délimiter son territoire obéit encore à son cerveau reptilien. Vous obéissez vous aussi à votre cerveau reptilien lorsque vous vous assoyez toujours à la même place dans une salle.

Dans le cas d’un Rituel accompli mécaniquement, ce Rituel deviendra un terrible obstacle en vous empêchant de vous améliorer et de trouver en vous-même la véritable source de perfectionnement. De toutes manières comme l’a écrit le Très Illustre Frère Albert Pike « la pratique des rituels ne constitue pas l’essentiel, il demeure infiniment plus important de pratiquer durant toute sa vie les vertus les plus élevées pour progresser, pour avancer sur son chemin (…).

A toute heure du jour ou de la nuit, d’innombrables occasions se présenteront pour vaincre nos passions, pour soumettre notre volonté comme nos cœurs à la gentillesse et à la patience, pour refouler notre intérêt en privilégiant celui d’un frère ou de son prochain, pour proférer des paroles aimables et sages, pour relever ceux qui faiblissent et tombent sur leur chemin, pour chérir les faibles d’esprits, pour adoucir voire apaiser la désolation et l’amertume de leur pauvre condition de mortel. Chaque maçon profitera de toutes les opportunités qui se présentent à lui pour accomplir son devoir. Cela ne pourra pas figurer sur sa tombe mais sa vertu marquera profondément la mémoire des hommes. »

Bernard Lancelot
Grand Maître

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